Le scribble art est-il vraiment de l’art ? Ce que j’en pense

On me pose souvent la question, parfois avec bienveillance, parfois avec une pointe de provocation : « mais c’est juste des gribouillis, non ? »

Ma réponse : oui. Et c’est précisément pour ça que c’est de l’art.

La question qui cache une autre question

Quand quelqu’un me demande si le scribble art « est vraiment de l’art », il me pose en réalité une question différente : est-ce que ça mérite d’être reconnu, accroché, acheté ? Est-ce que le geste vaut quelque chose si n’importe qui pourrait le reproduire ?

C’est là que le débat devient intéressant. Parce que la même question a été posée à l’impressionnisme (« des taches »), à l’art abstrait (« mon enfant ferait pareil »), au street art (« des tags sur les murs »). Et dans chaque cas, la réponse de l’histoire a été la même : oui, c’était de l’art.

« N’importe qui pourrait faire ça »

C’est l’argument le plus courant. Et il m’a longtemps questionné moi-même, honnêtement.

Sauf que : non. N’importe qui ne pourrait pas faire ce que je fais. Pas parce que la technique est inaccessible — elle l’est, justement, c’est l’un de ses charmes. Mais parce que produire une image reconnaissable, émotionnellement juste, à partir d’un entrelacs de traits apparemment aléatoires ? Ça demande des centaines d’heures de pratique, un sens aigu de la densité, de la lumière, de la composition. Et un certain style, qui est ma signature

Quand vous regardez Flamme bleue de près, vous ne voyez qu’un chaos de traits. Reculez de deux mètres : le visage apparaît. Cette tension entre le chaos apparent et la figure qui émerge — c’est exactement ce que je cherche à créer. Ce n’est pas du hasard. C’est du contrôle déguisé en spontanéité.

Ce que le scribble dit que les autres techniques ne disent pas

Tout style artistique porte un message implicite sur le monde. L’hyper-réalisme dit : le monde mérite d’être regardé avec une précision absolue. L’abstraction dit : la réalité visible n’est pas l’essentiel.

Le scribble dit autre chose : nous ne voyons jamais les choses telles qu’elles sont. Nous les reconstruisons. Notre cerveau assemble des fragments, comble les lacunes, invente une cohérence là où il n’y a que du bruit. C’est exactement ce qui se passe quand vous regardez un de mes dessins. Vous faites le travail. L’image n’existe pas dans le trait — elle existe dans votre regard.

Je trouve ça profondément honnête comme démarche. Plus honnête, d’une certaine manière, que de prétendre capturer la réalité avec précision.

La question de la valeur

Il y a une confusion fréquente entre valeur artistique et difficulté technique. On suppose que plus c’est difficile à exécuter, plus c’est précieux. C’est une vision du monde qui valorise l’effort visible, la virtuosité démontrée.

Mais l’art n’a jamais fonctionné comme ça. Ce qui donne de la valeur à une œuvre, c’est l’émotion qu’elle provoque, la réflexion qu’elle suscite, la présence qu’elle installe dans un espace. Pas le nombre d’heures passées à la peaufiner.

Cela dit — et je le dis sans fausse modestie — mes dessins demandent beaucoup de temps. Un grand format comme St Tropez ou Clocher représente des heures de travail. La désinvolture est soigneusement construite.

Ma position personnelle

Je ne cherche pas à convaincre quiconque que le scribble art est supérieur à d’autres formes d’expression. Je ne le pense pas. L’art n’est pas une compétition de disciplines.

Ce que je pense, en revanche : le scribble art est un langage visuel à part entière, avec sa propre philosophie, sa propre histoire — de Cy Twombly à Basquiat en passant par Dubuffet, comme je l’ai détaillé dans mon article sur l’histoire du scribble art — et sa propre capacité à toucher les gens.

Les personnes qui ont acquis une de mes œuvres ne m’ont jamais dit « j’aime ton dessin parce que c’est technique ». Elles m’ont dit : « il se passe quelque chose dans ce portrait ». « Je ne sais pas ce que c’est, mais je ne peux pas m’en détacher ».

C’est ça, l’art. Pas la définition. L’effet.


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